Bagré, 29 septembre 2025 – La commune de Bagré a abrité ce lundi un atelier de restitution des résultats du projet intitulé « Amélioration de l’utilisation des variétés de manioc adaptées à la transformation par la promotion de leurs potentiels productif, économique et nutritionnel ». Financé par le Fonds National de Recherche et d’Innovation pour le Développement (FONRID), ce projet vise à répondre aux défis liés à la faible disponibilité de variétés performantes de manioc adaptées aux besoins des producteurs, des transformatrices et des consommateurs.
Les résultats ont été présentés par Madame Jeanne NIKIEMA, ingénieure de recherche en génétique et amélioration des plantes, et par le Dr Irène OUÉDRAOGO, économiste agricole.
Des résultats agronomiques et technologiques encourageants

Selon Madame Jeanne NIKIEMA, six variétés de manioc (V1, V2, V3, V4, V5 et V6) ont été étudiées, dont deux déjà couramment utilisées à Bagré et quatre nouvelles. La variété V4, plus connue des producteurs sous le nom de V5, a servi de témoin.
Les résultats ont mis en évidence des différences notables en termes de rendement en tubercules, de production de biomasse, mais aussi de transformation (quantité de pâte et d’attiéké obtenue pour 100 kg de tubercules). Des tests de dégustation ont par ailleurs permis d’évaluer l’appréciation des consommateurs.
« L’attiéké produit à partir de la variété V6 a été très apprécié pour sa qualité gustative, mais son faible rendement en transformation la rend plus adaptée à la consommation directe. Les variétés V1 et V2, quant à elles, se sont distinguées par un bon équilibre entre rendement en transformation et appréciation des consommateurs », a-t-elle expliqué.
Une rentabilité économique prouvée

De son côté, le Dr Irène OUÉDRAOGO a présenté les résultats des analyses économiques :
« Nos travaux montrent que trois variétés – V6, V1 et V2 – affichent des rendements en tubercules et une rentabilité supérieurs à la variété de référence V4 (TMS 94/0270). Toutes les variétés testées sont transformables en attiéké, mais avec des niveaux de rendement variables. Les variétés V1 et V2 présentent les meilleures performances en termes de transformation et de rentabilité économique », a-t-elle indiqué.
La voix des producteurs et des transformatrices

Présent à l’atelier, Monsieur Moussa KANAZOÉ, Président de l’Union des producteurs de manioc de Bagré, a salué la pertinence de cette recherche appliquée :
« Ce projet nous permet de découvrir des variétés plus productives et adaptées à nos réalités. Nous sommes prêts à les adopter pour mieux répondre aux besoins du marché et améliorer nos revenus », a-t-il déclaré.
Pour Madame Sibidou ZONGO/NIKIEMA, transformatrice locale, les résultats sont porteurs d’espoir :
« L’attiéké fait partie des produits les plus demandés au Burkina. Nous avons souvent du mal à nous approvisionner en manioc de qualité et en quantité suffisante. Si ces nouvelles variétés sont diffusées, cela facilitera notre travail, réduira nos pertes et nous permettra de satisfaire davantage nos clients », a-t-elle affirmé.

Un projet né d’un besoin national
Ce projet, coordonné par Dr Monique SORO, est né d’un constat préoccupant : la production nationale de manioc, estimée à 22 104 tonnes en 2017, reste largement inférieure à la demande nationale évaluée à 124 917 tonnes de tubercules frais (MAAH, 2019). Ce déficit est comblé par des importations annuelles avoisinant 102 812 tonnes.
Les producteurs utilisent majoritairement des variétés locales à faibles rendements (5 à 10 t/ha) et peu adaptées à la transformation, tandis que les unités de transformation dépendent surtout de la variété améliorée TMS 94/0270 (V5), dont l’offre demeure insuffisante. Pourtant, des études de l’INERA ont montré que certaines variétés peuvent atteindre jusqu’à 62 t/ha dans certaines localités, en conditions pluviales.
Le projet testé à Bagré a donc permis de démontrer le potentiel agronomique, économique et nutritionnel de nouvelles variétés de manioc, ouvrant la voie à une meilleure valorisation de cette culture stratégique pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle du Burkina Faso.




Direction de la Communication du FONRID